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«L’air, les raisins et le vin des bords de Garonne sont d’excellents antidotes contre la mélancolie.» Montesquieu

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L'église Saint Jean d'Etampes


L’actuelle restauration de l’église Saint-Jean d’Etampes, inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis septembre 1997, permet de se remémorer l’histoire de ce bâtiment d’exception, déjà entièrement restauré puis surélevé d’un clocher agrémenté d’un superbe tétramorphe par Gustave Alaux, ami et disciple de Viollet-le Duc, entre 1854 et 1866.

Sérieux, appliqué même, la tâche de l’architecte n'a pas toujours été facile. En 1864, à l’issue d’une restauration de dix années, il entreprend enfin la construction du clocher. Poussé par l'archevêque Donnet à monter les clochers et les flèches le plus haut possible, Alaux a mis au point un système de retraites savamment ordonnancées, permettant de créer le plus d'élancement possible. Ses clochers sont fins, les flèches commencent dès la base. Passionné d'arts plastiques, il fait appel à des sculpteurs. Son travail se reconnaît aux nombreuses sculptures figuratives et à la mise en place du tétramorphe.

 
     
Outre l'élégance aboutie de l'architecture, il est rare de rencontrer un clocher aussi sculpté que celui de La Brède, même si au regard de cette petite église, la proportion générale de la flèche, qui culmine à plus de 40 m de hauteur et marque fortement l'horizon des quatre entrées de la commune, est contestable. Le clocher de l'église Saint-Jean d'Etampes n'est nullement un clocher néo-gothique mais bien un clocher néo-roman, même si les proportions de cette flèche connotent les dentelles gothiques et les gargouilles les fantasmagories hugoliennes.
     
 

Au premier regard, nous repérons à la base les quatre évangélistes chéris par Gustave Alaux. Ici, ce sont des sculptures en vraie grandeur qui viennent amortir la première retraite. De toutes les représentations du tétramorphe déjà relevées sur les autres clochers de l’architecte, ce sont les plus imposantes et les plus basses, à 13 m de hauteur. L'ordre indiqué par Saint-Jean dans l'Apocalypse est respecté, les phylactères tenus par les évangélistes sont encore visibles. La facture est vigoureuse, expressive : l'homme pose un regard de paix sur la cité, le jeune taureau fringant attend le sacrifice, le lion hiératique annonce le lever du soleil, seul l'aigle de Saint-Jean a perdu sa tête et ne peut plus prendre son envol.

 
     
Au deuxième étage, octogonal, le jeu savant des fenêtres et des colonnes, surmontées de chapiteaux à corbeilles sculptées de feuillages et entrelacs, porte notre regard vers les huit gargouilles, aux angles des gâbles, qui accrochent le ciel. Plus haut, des fenêtres plus larges aux jambages flanqués de colonnettes laissent passer le bleu céleste. Puis seize corbeaux, modillons aux têtes grimaçantes, nous regardent fixement. Au-dessus, à la base de la flèche, huit petits dragons terminent les cordons qui soulignent les huit pans de la flèche où culmine la croix à deux branches.
Crédit photo : Patrice Prod’homme, M.Cante, commune de La Brède, 2004
 

Les cloches de La Brède

Le patrimoine campanaire de La Brède est composé de trois cloches. Deux cloches de volée, et une d'horloge, qui sont toutes trois l'œuvre de fondeurs distincts et ont été réalisées à des époques différentes.

Il existait trois cloches en 1854, quand le vieux clocher s'écroula.

La première cloche, remise dans le clocher provisoire, est la plus petite. Elle pèse 70 kg et ne fait pas partie de la sonnerie en volée. Datée de 1855, elle est l'œuvre du fondeur bordelais Deyres et comporte l'inscription "Ad Major Dei Gloriam, dédiée à St-Jean de La Brède, bénite par M. Coussineau, curé ; faite à Bordeaux. C Deyres. JHS."

La plus ancienne cloche, que nous possédons toujours à l'heure actuelle, est datée de 1777. Elle pèse 520 kg pour un diamètre de 965 mm. Elle est l'œuvre du fondeur bordelais Turmeau (père ou fils), également auteur de la Grosse Cloche de Bordeaux, fondue deux ans auparavant. Cette cloche comporte deux éléments de décor intéressants et peu courants dans la production de l'artiste: le décor des anses en forme de tête humaine, et la croix sur la faussure décorée des instruments de la passion. Un troisième élément de décor est plus étonnant en la présence de deux "rapières" ou "lézards" sur le cerveau, et qui sont plus généralement présentes sur les cloches civiles. Sur l'autre côté, une représentation de la Vierge portant l'enfant Jésus. On peut y lire cette inscription: "L'an 1777, j'étai faite pour St-Jean de La Brède. M. Lynch, curé. Le parrain: M. Jean-Baptiste de Secondat, fils du grand Montesquieu. La marraine: Mle Catherine Desmons. Martial Giraudeau, fabriqueur. Turmeau m'a faite à Bordeaux."
Suivant la mode du temps, on donnait à la marraine le nom de demoiselle, bien qu'elle fut comme ici l'épouse du parrain. Objets personnifiés, le "baptême" des cloches trouva place jusqu'à la Révolution sur les actes d'état civil des paroisses, au même titre que n'importe quel enfant, c'est pourquoi elles portent un prénom.
"Pendant la Terreur, raconte M. Barreau, curé de La Brède en 1914, un décret ordonna d'envoyer les cloches à la Monnaie pour les fondre. Celle-ci fut cachée sous terre par des mains pieuses. Le calme revenu, elle reprit sa place dans le vieux clocher." En 1866, les deux cloches sont reposées, celle de 1777 et celle de 1855.

Quant à la cloche la plus récente, et la plus impressionnante par sa taille (elle pèse 1300 à 1500 kg pour un diamètre de 1 300 mm), c'est le bourdon "Gaston-Mathilde". Il fut fondu le 15 février 1903 par le fondeur girondin Emile Vauthier, de Saint-Emilion. La caractéristique de cette cloche réside dans le fait que son joug métallique est contemporain de la cloche et forme un ensemble technique homogène.
Elle fut offerte au clocher de La Brède par M. le baron de Montesquieu. Sa bénédiction eut lieu le 21 septembre 1903, et on peut y lire une longue inscription attestant de la munificence du donateur, M. le baron J.-M. Ludovic Gaston Secondat de Montesquieu de La Brède, en souvenir de son épouse Mathilde Marie-Louise, décédée en 1900… Suit la liste de nombreux notables participant à l'événement.
Côté nord, on y voit un crucifix, ainsi que l'inscription en latin dont la traduction suit: "Je loue le vrai Dieu, j'appelle le peuple. Je convoque le clergé, je pleure les défunts. Je mets en fuite la foudre, j'embellis les fêtes." Du côté sud, on trouve les armes et la devise de la famille de Montesquieu; à l'ouest, une Vierge et l'inscription "Je m'appelle Gaston-Mathilde."
A l'est, Saint-Jean Baptiste et l'inscription "Saint Jean, protégez La Brède". Enfin, en bas, "E. Vauthier, fondeur à St-Emilion."

D'après "La Brède, patrie de Montesquieu", de M. Claverie, et les observations sur le terrain de M. J.-B. Faivre, architecte des Bâtiments de France.

Le tétramorphe
Le tétramorphe est une représentation romane des quatre évangélistes autour du Christ en majesté (habituellement rencontré sur le tympan des portails) inspirée de la vision d'Ezéchiel, retranscrite par Saint-Jean dans l'Apocalypse.
Homme = Jésus = Mathieu ; Taureau = crucifixion = Luc ;
Lion = résurrection = Marc ;
Aigle = ascension = Jean.

 

 

 


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